Recours électoraux à répétition : consolidation démocratique ou signal d’alerte ?
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Les récents basculements municipaux à Lokossa puis à Lalo une semaine plus tard, relancent une question centrale : lorsque la majorité change après intervention du juge, faut-il y voir la preuve d’un État de droit solide ou le symptôme d’une fragilité procédurale ?
À Lalo, la (CENA) avait proclamé des résultats provisoires contestés. Saisie, la Cour suprême a réexaminé les procès-verbaux, corrigé les chiffres et attribué deux sièges à l’Union Progressiste le Renouveau, renversant ainsi l’équilibre initial face au Bloc Républicain . Même dynamique à Lokossa avant l’installation du maire en fonction : proclamation, contentieux, décision juridictionnelle, recomposition. Autrement dit, au Bénin, l’élection locale ne s’achève plus à l’urne. Elle s’achève au juge.
Les corrections opérées par la Cour signifient-elles que la CENA « travaille mal » ? La réponse exige nuance.
Dans des scrutins à marge ultra-faible, quelques voix suffisent à inverser une majorité. La moindre erreur de centralisation devient décisive. Un système robuste prévoit un contrôle juridictionnel. La CENA proclame ; la Cour vérifie. Que le juge corrige peut attester non d’une incompétence, mais d’un mécanisme de garantie qui fonctionne. Cependant, la répétition des corrections interroge. À fréquence élevée, elle peut altérer la confiance publique. Le débat n’est pas moral ; il est technique : les procédures de compilation, de transmission et de vérification des procès-verbaux sont-elles suffisamment sécurisées en amont ?
Et sans la Cour suprême, qu’en serait-il?
Sans arbitrage juridictionnel, les résultats administratifs seraient définitifs, y compris en cas d’erreur. Les contestations se déplaceraient alors vers la rue. La Cour agit comme soupape institutionnelle : elle absorbe la conflictualité dans le cadre du droit. Nous assistons donc à une instabilité politique contenue par la stabilité juridique. À Lokossa, les décisions ont été exécutées, les passations se sont déroulées selon le rituel républicain. Il n’y a pas eu rupture institutionnelle. Espérons qu’il en sera de même à Lalo.
Dans un contexte de compétition serrée, le recours est un instrument stratégique rationnel : un siège peut décider du contrôle de l’exécutif communal. La frontière devient problématique lorsque le contentieux est utilisé de manière dilatoire ou communicationnelle pour délégitimer l’adversaire. Là encore, le juge sert de filtre. Le vrai risque n’est pas l’existence des recours ; c’est leur banalisation.
Pour réduire la conflictualité sans restreindre le droit au recours il faut, le renforcement des contrôles en amont, la double vérification systématique des procès-verbaux, les audits techniques indépendants, la transparence accrue (publication exhaustive et rapide des résultats bureau par bureau), la formation continue des agents électoraux (standardisation des pratiques de compilation) et enfin la digitalisation sécurisée des transmissions, avec traçabilité. L’objectif n’est pas de supprimer le contentieux. Il est d’en diminuer la nécessité.
À Lalo comme à Lokossa, le pouvoir local s’est joué deux fois : dans l’urne et devant le juge. Ce n’est pas une crise. C’est une phase. La démocratie béninoise démontre qu’elle sait corriger ses propres résultats. La prochaine étape est plus exigeante : réduire les corrections nécessaires tout en préservant le droit de contester. Car la confiance électorale ne repose pas seulement sur la possibilité de recours. Elle repose sur la conviction que le premier résultat proclamé est déjà, presque toujours, le bon.
Océane HOUESSOU / LA SIRENE TV
