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Mahougnon kakpo : le combat pour protéger le vodun contre les imposteurs et les dérives

Le professeur Mahougnon Kakpo mène un combat qui mérite d’être salué : celui de la préservation, de la dignité et de l’authenticité du Vodun face aux dérives qui se multiplient à l’ère des réseaux sociaux.

Le Vodun n’a pas besoin de faux prophètes. Il n’a pas davantage besoin d’une armée de « Bokonon » autoproclamés au gré des tendances numériques. Il a besoin de rigueur, de transmission, de responsabilité et de respect.

L’annonce du professeur Mahougnon Kakpo, président du Comité des rites Vodun, relative à la mise en place d’un Ordre national des Bokonon, apparaît ainsi comme une initiative salutaire. Elle intervient surtout à un moment où l’encadrement de cette pratique traditionnelle est devenu une véritable nécessité.

Sur TikTok et d’autres plateformes, on voit désormais apparaître presque chaque jour de nouveaux « Bokonon » qui promettent tout, expliquent tout et prétendent résoudre, en quelques consultations, les problèmes les plus complexes de l’existence. Certains vont jusqu’à transformer le sacré en produit commercial, avec vidéos promotionnelles, promesses spectaculaires et affirmations parfois dépourvues de tout fondement.

Le problème n’est pas qu’une tradition évolue avec son époque. Une tradition vivante doit pouvoir dialoguer avec la modernité. Le danger apparaît lorsque l’ignorance se déguise en compétence, que l’imposture se présente comme une initiation et que le commerce se substitue à la connaissance.

Être Bokonon ne devrait pas être une identité que l’on s’invente du jour au lendemain parce que l’on a découvert les réseaux sociaux. C’est une fonction qui s’inscrit dans une histoire, une transmission, une formation et une légitimité au sein d’un univers spirituel qui possède ses propres règles et ses propres exigences.

La multiplication des couvents, lorsqu’elle n’est pas accompagnée de repères et de responsabilités, peut également contribuer à brouiller les frontières. À force de voir n’importe qui parler au nom du Vodun, le risque est grand de confondre la tradition authentique avec ses caricatures commerciales.

C’est pourquoi le combat engagé par Mahougnon Kakpo mérite une attention particulière.

La création d’un Ordre national des Bokonon pourrait permettre de clarifier les conditions d’accès au statut, d’identifier les praticiens réellement formés, de lutter contre les imposteurs et surtout de protéger le public contre les abus. Elle pourrait également contribuer à préserver la dignité d’un patrimoine spirituel profondément enraciné dans l’histoire et l’identité du Bénin.

Mais cette structure ne devra pas devenir un simple mécanisme administratif. Elle devra être crédible, indépendante, rigoureuse et capable de faire respecter des règles claires.

Car protéger le Vodun, ce n’est pas empêcher les gens de le pratiquer.
C’est empêcher n’importe qui de l’instrumentaliser.

Le Bénin peut être fier d’avoir contribué à faire connaître le Vodun au-delà de ses frontières. Mais cette reconnaissance internationale impose aussi une responsabilité : celle de protéger son authenticité contre les dérives, les impostures et la marchandisation sauvage.

Mahougnon Kakpo a donc le mérite de poser le problème là où il se trouve : le Vodun ne peut être laissé sans repères face à la prolifération des imposteurs et à la marchandisation du sacré.

Il appartient désormais aux acteurs concernés de transformer cette vision en une réforme sérieuse, inclusive et durable.

Le Vodun peut entrer dans l’ère numérique sans perdre son âme. Il peut se moderniser sans se banaliser, se faire connaître sans se vendre et dialoguer avec le monde sans renoncer à ses fondements.

Le combat de Mahougnon Kakpo est, au fond, celui de la sauvegarde d’un patrimoine. Un combat pour que le Vodun ait des gardiens de la tradition, et non des vendeurs d’illusions.

Bienvenu EHOU / LA SIRENE TV

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