Dans la nouvelle flambée de tensions entre la France et l’Algérie, un nom revient avec insistance à Alger : celui du ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Le ministère algérien des Affaires étrangères a publié un communiqué au ton particulièrement virulent, dénonçant l’attitude « affligeante » du ministre, accusé de « barbouzeries à des fins purement personnelles ».
Une ligne dure assumée contre Alger
Figure de proue de la droite française et en lice pour prendre la tête du parti Les Républicains, Bruno Retailleau s’est illustré par une posture de fermeté à l’égard de l’Algérie, notamment sur les questions migratoires. Une posture qui ne passe pas inaperçue à Alger.
L’affaire de l’influenceur, déclencheur de la crise
La dernière escalade a été provoquée par l’arrestation en France d’un agent consulaire algérien, soupçonné d’avoir enlevé un influenceur algérien exilé. Cet événement a mis fin à un timide apaisement amorcé après une période de tensions. En représailles, Alger a expulsé 12 agents français. Paris a répondu en renvoyant à son tour 12 agents consulaires algériens et en rappelant son ambassadeur à Alger pour consultations.
Un contentieux ancien ravivé
La crise diplomatique remonte à l’été dernier, quand Paris a apporté un soutien explicite au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, une région pour laquelle l’Algérie soutient les indépendantistes du Front Polisario. Ce soutien avait conduit l’Algérie à rappeler son ambassadeur.
Retailleau dans le viseur d’Alger
Depuis, les tensions ont été entretenues par divers épisodes : arrestation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal en novembre, différends persistants sur l’immigration… Mais une constante demeure : les attaques répétées d’Alger contre Bruno Retailleau, accusé de « torpiller » délibérément les relations bilatérales.
« Depuis sa nomination, il a ciblé l’Algérie de manière singulière », explique Adlene Mohammedi, enseignant en géopolitique, pour qui cette hostilité assumée a conduit Alger à en faire une cible à son tour. Une manière, selon lui, de ménager l’Élysée et le Quai d’Orsay, tout en désignant un coupable.
Un dialogue présidentiel en suspens
Un échange téléphonique entre les présidents Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune, le 31 mars, avait pourtant laissé entrevoir une possibilité de réconciliation. Mais cet espoir s’est évanoui avec les nouvelles tensions.
Distribution des rôles ou vraie fracture ?
L’ancien ministre algérien Abdelaziz Rahabi doute d’une véritable divergence entre l’Élysée et l’Intérieur, y voyant plutôt une stratégie du « good cop, bad cop ». Même scepticisme du côté du chercheur Abdellah Akir : difficile de croire que Retailleau agit sans aval présidentiel. Il voit dans la position algérienne un message indirect à Emmanuel Macron, pour qu’il reprenne la main sur la ligne diplomatique.
Une Algérie divisée sur la ligne à suivre
Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, évoque une Algérie divisée entre partisans du dialogue et tenants d’une ligne dure. Une hypothèse que partage Adlene Mohammedi, tout en soulignant l’opacité du système algérien.
Vers un retour au dialogue ?
La relation franco-algérienne peut-elle se remettre de cette nouvelle crise ? « Une rupture totale n’est dans l’intérêt d’aucun des deux pays », estime Adlene Mohammedi. Même prudente, l’hypothèse d’un dialogue reste sur la table, selon Ismail Maarraf, professeur de sciences politiques à Alger : les dossiers stratégiques communs et les enjeux invisibles à l’œil du public pourraient favoriser un retour progressif à la normale.
Le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot, a quant à lui affirmé que malgré la fermeté affichée, « il faudra, à terme, reprendre le dialogue dans l’intérêt des Français ».
Reproduction : Bienvenu EHOU LA SIRENE TV
